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« ROTATIONS 4 POUR 1000 » : de la conservation des sols à la durabilité des systèmes agricoles

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Les agriculteurs de l’association « Conser’Sols » parviennent à conjuguer stockage de carbone et restauration des sols de Basse-Ariège.

Un ambitieux projet agroécologique lancé en 2017

Lancé en 2017 par le GIEE Conser’Sols, le projet « Rotation 4 pour 1000 » consiste, à travers son échelle parcelle, à tester et à mettre en œuvre des pratiques agricoles innovantes basées sur l’agriculture de conservation des sols. Reposant sur trois piliers agronomiques, à savoir la diversification des rotations, la couverture permanente du sol, et le non travail mécanique, l’agriculture de conservation replace le sol au centre d’un cercle vertueux devant renforcer l’autonomie, la productivité et la résilience des systèmes agricoles. Afin de tester ces pratiques, dix-huit systèmes de culture ont été co-conçus et expérimentés à grande échelle, sur des parcelles agricoles appartenant à des adhérents du GIEE, durant trois campagnes culturales de 2018 à 2020.
Les objectifs sont alors clairs : est-il possible de stocker du carbone dans les sols et de restaurer leur fertilité ? Ces systèmes sont-ils vertueux pour l’environnement, et restent-ils viables et vivables pour l’agriculteur ?

 

Vitesse d’infiltration sur des parcelles du projet Rotations 4/1000 en Semis direct sous Couverture Végétal (SCV) et en sol travaillé.

 

Un objectif carbone largement atteint et des sols restaurés

Avec une augmentation annuelle moyenne de 15 ‰ du stock initial de carbone dans les sols, les pratiques expérimentées dépassent largement l’objectif de 4 ‰, fixé par le Ministère de l’agriculture en 2015, à l’occasion de la Cop 21 de Paris. Rappelons que cet objectif traduit la possibilité de compenser les émissions de carbone d’origine humaine, responsable du réchauffement climatique, par un stockage équivalent de carbone sous forme d’humus dans les sols, grâce aux pratiques de conservation. Mais plus que lutter contre le réchauffement climatique, ces systèmes de culture ont permis, au cours de ces trois campagnes culturales, d’amorcer voire de poursuivre la restauration de la fertilité chimique, physique et biologique des sols de plaine et de coteaux, bien souvent dégradés. En effet, si l’activité biologique a par endroit été triplée, la résistance des sols à l’érosion à quant à elle été augmentée de 300 % dans les systèmes les plus performants. Si l’implantation des couverts végétaux durant l’inter-culture est l’une des solutions majeures, puisqu’elle permet de nourrir le sol et la vie qu’il abrite, le levier le plus efficace ne reste pas moins les amendements organiques comme les fumiers, composts et BRF. En effet, à quantité de matière sèche équivalente, ces amendements, souvent riches en carbone, sont deux à quatre fois plus efficaces que des couverts. La polyculture-élevage, qu’elle soit à l’échelle de l’exploitation ou bien du territoire est ainsi une des solutions les plus efficaces pour atteindre ces objectifs agronomiques. Les transactions entre éleveurs et céréaliers sont ainsi des pratiques à encourager.

Des systèmes efficients plus économes en intrants

Parfois accusés d’être très dépendants aux pesticides, les systèmes de conservation des sols testés ont montré au contraire qu’il était tout à fait envisageable de réduire leur utilisation. En effet, si la consommation totale en produits phytopharmaceutiques a été réduite de 20 à 35 % selon les systèmes, la consommation en engrais azoté a également été réduite d’un tiers. Plus que de réduire leur consommation, ces systèmes, par l’introduction de cultures de légumineuses, de couverts végétaux et d’amendements organiques, ont permis d’augmenter de 250 % leur autonomie azotée et ainsi leur efficience.

Une viabilité économique et sociale maintenue

Si la gestion des couverts, parfois appelés CIPAN, est souvent crainte par le temps et le surcoût qu’ils nécessitent, le projet a montré que les bénéfices agro-environnementaux et socio-économiques tirés étaient bien au rendez-vous. En effet, avec la diminution des charges en intrants et du temps de travail du sol, ces systèmes diversifiés restent globalement plus productifs et au moins autant rémunérateurs pour l’agriculteur. Les charges de mécanisation restent toutefois à relativiser, car les investissements dans des outils de travail et de semis simplifiés sont des coûts non négligeables.


Denis Peyrissac et Nicolas Granger

1 : Représentant 50 % de sa masse, le carbone est le premier constituant de la matière organique de sols. Une augmentation du taux de matière organique des sols induit alors un stockage de carbone.

 

Contact :

Aude Pelletier, chef de service Projets Agronomie Forêt Elevage

aude.pelletier@ariege.chambagri.fr

06 88 07 47 59