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Bovidays : le toastage des graines de protéagineux, un procédé simple pour rendre digestible

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La technique du toastage a pour objectif de gagner les derniers points d’autonomie alimentaire et pourquoi pas, être 100% local et sans OGM, en conventionnel ou en agriculture biologique. Moyen : cuire les protéagineux produits sur les exploitations ariégeoises pour en éliminer les facteurs antinutritionnels (FAT).

Des toasteurs sont déjà en fonctionnement dans d’autres départements. Le Sud-Ouest, la Vendée, la Loire, sont des secteurs qui utilisent cette technique depuis une petite dizaine d’années. En ce début d’année, un toasteur mobile est venu toaster du soja en Ariège au GAEC des Manses à Daumazan/Arize (Bovidays du 22 janvier 2021). Nous sommes également allés voir le toasteur fixe de Gersycoop à Berdoues dans le Gers.

A l’état cru, les protéagineux sont peu digestibles et la protéine est gaspillée

Les graines crues de protéagineux sont difficiles à digérer. Nous avons ainsi l’habitude de cuire la mogette avant de la manger, et sans cela, l’indigestion est garantie. Il en va de même pour les animaux d’élevages.

L’explication ? D’un côté, les grains contiennent des molécules qui nuisent à la digestion, appelées FAT (facteurs antinutritionnels). De l’autre côté, les protéines sont souvent présentes sous une forme soluble et fortement dégradable dans le rumen. Elles sont donc peut disponibles dans l’intestin et peu assimilées, donc gaspillées. Conséquence : l’azote n’est pas assimilé et se retrouve dans les effluents, la ration donnée n’est pas optimisée.

La solution est connue depuis longtemps et vise à cuire les protéagineux pour éliminer les FAT et augmenter le taux de protéines assimilables dans l’intestin.

Test de présence de facteurs antinutrionnels (FAT)

A gauche, soja toasté. Pas de réaction du colorant avec les FAT.

A droite, soja non toasté. Les FAT sont colorés en rouge.

 

Le toastage : principe et coût

Le procédé du toastage, ou grillage, améliore la valeur alimentaire des protéagineux. La manipulation et le stockage sont aisés car les grains restent entiers ; le matériel est « rustique », facile d’entretien. Il peut être fixe ou mobile.

Le principe ? Un brûleur chauffe l’air autour de 280 °C. Les grains, acheminés par une vis sans fin, passent de manière continue sur un tapis et sont chauffés pendant 20 à 60 s et ressortent à 120 °C. Suit une phase de maturation du grain (100°C) pendant laquelle il termine de cuire et de perdre de l’eau. Le grain est ensuite ventilé pour le sécher et le refroidir.

La conservation des graines toastées est assurée avec un taux de matière sèche (MS) élevé. Le toastage fait gagner entre 5 et 7,5% de MS. Les graines toastées, maintenues entières (non broyées) peuvent ainsi être conservées environ 6 mois.

 

Le soja toasté ne vient pas en remplacement 1 pour 1 du tourteau de soja : la ration est à re-construitre

Les graines de protéagineux toastées peuvent être utilisées pour l’alimentation des ruminants, des volailles et des porcs. Les teneurs en protéines sont différentes d’un protéagineux à l’autre, mais également la teneur en matières grasses. Les graines de soja ont des teneurs élevées en matières grasses, qui sont conservées par le toastage, et qui nécessitent de limiter la quantité de soja toasté dans la ration des ruminants.

  • Exemples de rations de ruminants à base de protéagineux toastés

 

  • Des valeurs alimentaires encore mal connues

La valeur alimentaire des graines toastées est encore mal connue. Les références des tables INRA ne peuvent pas être utilisées dans toutes les situations. En effet, des essais réalisés dans d’autres régions ont montré que les résultats dépendent fortement de la variété et des réglages du toasteur.

Pour acquérir des références sur le département, des analyses de la valeur alimentaire et des pesées d’animaux alimentés avec des graines de soja toasté sont prévues cette année sur bovins allaitants et porcs lourds.

 

Zoom sur la culture des protéagineux en Ariège

Le soja, la féverole, le pois et dans une moindre mesure le lupin, sont des cultures produites dans le département. Depuis 2015, les quantités produites varient entre 1 000 et 2 000 tonnes par an. Les rendements de ces cultures sont très dépendants des conditions météo, à l’origine d’une grande variabilité d’une année à l’autre, de 10 à 40q/ha.

 

Quel intérêt économique des graines toastées ?

Les coûts de production des graines de protéagineux sont la base du calcul de l’intérêt économique de la technique du toastage, en comparaison au coût des aliments achetés. Une des limites réside dans la difficulté à atteindre les rendements souhaités.

Pour du soja par exemple, en sec à 25 q/ha en conventionnel, le coût de production est d’environ 200 €/t mais il grimpe à 500 €/t si le rendement est de 10 q/ha. En irrigué, les rendements sont plus stables mais les charges d’irrigation sont à ajouter. Le coût de production est d’environ 280 €/t pour un soja à 35 q/ha.

En comparaison, le tourteau de soja est actuellement à un coût qui a flambé depuis l’été, autour de 450 €/t. Il était à 320 €/t mi-août.

 

Conditions pour une bonne utilisation des graines de protéagineux toastées dans la ration

  • Fourrages de qualité
  • Ration avec suffisamment d’azote soluble
  • Besoin d’azote by pass
  • Recherche de conservation des protéagineux (jusqu’à 6 mois)
  • Objectif d’autonomie protéique ou d’aliment local sans OGM

 

Pas d’intérêt du toastage si :

  • Correcteur azoté ou aliment complet à un prix intéressant
  • Faibles besoin du troupeau
  • Pas de demande du client, de la filière

Si vous êtes intéressés par le toastage, contactez-nous !