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Portrait d’un agriculteur engagé dans le réseau DEPHY : Matthieu VIDOTTO

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Parcelle de blé tendre semée le 23 octobre et désherbée le 27 octobre avec DEFI 2L/ha et COMPIL 0.1 L/ha soit un IFT de 0.7 ; parcelle historiquement infestée de ray-grass

Pulvérisateur utilisé sur l’exploitation pour le bas volume

« Le bas volume ou comment préserver l’environnement et le portefeuille »

 

     Matthieu VIDOTTO, jeune agriculteur de 25 ans, s’est installé en GAEC familial avec son père et son oncle en 2013 après un BAC agricole. L’exploitation se situe sur la commune de Labatut au Nord du département et compte aujourd’hui une SAU de 220 ha dont 160 ha de céréales. Le reste de l’exploitation étant réservé à l’élevage équin. La production céréalière est très diversifiée car en plus des traditionnels blés, colzas, tournesols et maïs, l’exploitation produit des légumes secs (haricots et lentilles) et pommes de terres commercialisés en vente directe. Matthieu s’est naturellement installé sur la structure familiale à l’âge de 20 ans, par passion pour le métier. Une passion qui l’a très rapidement amené à améliorer le système de production « traditionnel » de l’exploitation.

 

Vers une réduction de l’utilisation des produits phytosanitaires

     A son arrivée sur l’exploitation, son père et son oncle traitent les cultures à la dose préconisée par le technicien de la coopérative et un volume d’eau de 120 L/ha. En 2015, Matthieu suit une formation à la Chambre d’agriculture sur l’optimisation des traitements phytosanitaires animée par Vincent Franquet. C’est la révélation et le facteur déclenchant de la démarche à venir, le traitement à bas volume.

     Dès lors, voici la méthode employée par Matthieu pour réaliser les traitements :

- volume de bouillie : passage de 120 L/ha à 70 L/ha;

- adjuvantation : ajout d’un mouillant pour favoriser l’étalement et la pénétration des substances actives;

- traitement de l’eau : ajout de sulfate de magnésie pour réduire la dureté de l’eau;

- conditions de traitement : la nuit quand l’hygrométrie est élevée ou pour les herbicides racinaires quand l’humidité du sol est importante;

- investissement matériel : limité à un changement du jeu de buses, passage du lilas à des buses jaunes 80° de plus petit calibre et à l’achat d’un éclairage pour la rampe (2 phares leds).

     Aucun investissement important n’a été réalisé, le pulvérisateur porté de 1200 L de l’exploitation est conservé et fait très bien l’affaire pour ce type de traitement. Les résultats étant très satisfaisants, en 2017, Matthieu décide d’aller plus loin et de passer à 50 L de bouillie par hectare pour gagner encore un peu plus en autonomie. Des buses vertes à fente classique 80° viennent remplacer les jaunes pour s’adapter à ce faible volume d’eau. Pour traiter à bas volume et éviter les bouchages aux niveaux des buses il est important de passer sur des 80° plutôt que 110°. Il faut alors adapter la hauteur de la rampe pendant le traitement à 75 cm plutôt que 50 cm pour des buses 110°.

Des économies importantes

     Avec le bas volume et l’optimisation des conditions de traitements (adjuvants, traitement de l’eau, météo), il est possible de réduire les doses de produits en profitant de la concentration des substances actives dans la bouillie. « Les fongicides et les insecticides sont utilisés à demi-dose technicien de la coopérative (dose technicien = dose homologuée – 20%). Pour les herbicides, la réduction de dose n’est pas systématique. Il y a une adaptation à la parcelle, à la flore et au niveau de salissement. »

    Au final, l’IFT (Indice de Fréquence de Traitement) a diminué de 30%, passant de 4.5 à 3 en moyenne sur l’exploitation depuis 2013. Il en est de même pour la facture phyto qui est passée d’un montant total de 25 000 € sur l’exploitation à environ 17 000 € en 2018 soit une économie de 8000 € par an. Le gain d’autonomie est aussi important « aujourd’hui j’ai 25 ha d’autonomie dans la cuve, c’est très rare que je fasse 2 cuves d’affilée » ajoute Matthieu.

     En conclusion, Matthieu, en se formant, en échangeant avec ses voisins ou au sein du groupe DEPHY dont il fait partie et en réalisant peu d’investissements matériel, a pu réduire significativement l’utilisation des produits phytosanitaires sur son exploitation. Les économies réalisées durant toutes ces années, lui permettent aujourd’hui d’envisager un investissement dans un pulvérisateur plus performant équipé de la coupure de tronçons. Le but étant d’optimiser les traitements en réduisant les recroisements et les surdosages ce qui engendre un gain jusqu’à 5% de surface traitée suivant la géométrie et la surface de la parcelle (source Arvalis).

ZOOM sur le traitement de l’eau

     L’un des leviers pour augmenter l’efficacité des traitements phytosanitaires est la correction de la dureté de l’eau. En effet, les matières actives peuvent être neutralisées par les cations contenus dans une eau dure, c’est surtout le cas pour les herbicides en particulier le glyphosate. Pour éviter ce phénomène, plusieurs solutions existent, de la plus simple et la moins onéreuse comme l’ajout de sulfate dans l’eau de traitement, à des systèmes plus évolués comme les stations de traitements de l’eau. « En 2017, nous nous sommes posés la question de l’investissement dans un adoucisseur d’eau. Mais vu le coût de l’investissement (environ 20 000 € pour le modèle envisagé) et le fait que notre eau ne soit pas très dure, l’achat d’un tel matériel n’aurait pas été justifié avec un retour sur investissement trop long ».