Vous êtes ici : Accueil > Actualités > Toutes nos actualités > La matière organique assure la vie du sol, il est vivant 

La matière organique assure la vie du sol, il est vivant 

Accéder aux flux rss de notre siteImprimer la page

Nourrissons-le !

Agriculteur en polyculture élevage laitier à Pamiers, Christian Lavigne (GAEC de Birol) accueillait la troisième journée des AgroDays sur le thème de la matière organique. Avec un cheptel de 60 mères en bovins lait, transformation des produits laitiers et 150 ha de SAU (maïs grain et ensilage, blé tendre, soja, orge, méteil, luzerne, prairies), les quatre membres du GAEC choisissent depuis plusieurs années leurs pratiques avec comme règles de décision la réduction des charges de mécanisation, l’autonomie en protéine pour le troupeau mais aussi donner du sens à leur métier. En tant qu’éleveur laitier, Christian n’hésite pas à faire l’analogie entre la panse des vaches et le fonctionnement du sol « le tube digestif de la vache est un système complexe où les bactéries digèrent l’alimentation et serviront même d’apport. Pour nos sols, c’est le même principe ». Dans cette optique, les associés du GAEC de Birol nourrissent leurs terres grâce aux effluents d’élevage, aux couverts végétaux, aux résidus de culture, et ne travaillent plus le sol pour préserver la vie biologique.
Durant cette journée, trois experts, Charles Gers, chercheur au CNRS, Xavier Salducci, directeur du laboratoire CELESTA-LAB et Pierre Luxen, directeur d’Agra-Ost en Belgique, sont venus enrichir le témoignage de l’agriculteur et ainsi apporter leurs connaissances sur cette thématique complexe mais fondamentale.

Des connexions entre la vie biologique du sol, sa structure et les pratiques agricoles
La connaissance de la vie biologique des sols se limite parfois à quelques espèces emblématiques comme les vers de terre. L’intervention de Charles GERS a permis d’élargir le panel de la biodiversité utile : pédofaune, champignons, bactéries. Suivant les horizons du sol ou les étapes de la décomposition, des acteurs différents interviennent et interagissent. Les mycorhizes améliorent l’absorption hydrique et minérale en se fixant sur le système racinaire et en développant une véritable arborescence dans le sol. Les agrégations bactériennes et fongiques apportent de la structure dans le sol comme par exemple avec la glomaline, une protéine sécrétée par les champignons. Globalement, la pédofaune favorise la microporosité du sol, permettant aux racines d’aller en profondeur. Ces dernières n’étant pas des « perforateurs  », elles profitent des passages créés.
La dynamique de la matière organique (minéralisation/humification) est régie par les organismes du sol. L’enjeu est donc de chercher à favoriser ces dynamiques à travers ses pratiques agricoles. La fertilisation, les produits phytosanitaires mais aussi l’irrigation perturbent forcément le fonctionnement naturel du système. Les conduites dites « intensives » ont plutôt tendance à appauvrir et affaiblir l’agrosystème le rendant, du coup, dépendant de ces apports. On pourrait se dire qu’on facilite ainsi la tâche au végétal qui n’a plus besoin de dépenser d’énergie pour quelque chose qui lui est facile d’accès. Mais en raisonnant ainsi, on ne cherche plus à offrir un sol fonctionnel et on rend le système plus vulnérable.
La finalité doit être de rendre ses sols de plus en plus autonomes, puissants et en capacité à faire face aux stress. Le fonctionnement biologique des sols est lié au recyclage de la matière organique : nourriture, air, eau, pH optimal (6.5) et minimisation des perturbations chimiques et physiques sont donc les conditions pour avoir des agrosystèmes fonctionnels.

Connaître les caractéristiques de la matière organique présente dans son sol
La matière organique assure la fertilité de nos sols, elle apporte l’énergie et les réserves d’éléments nutritifs à la microflore et faune du sol. La matière organique assure la vie du sol. Elle impacte directement ses propriétés physiques : porosité, stabilité structurale, agrégation…   Et va également avoir un rôle dans l’équilibre des populations antagonistes qui ont une action ciblée sur les pathogènes.
Le laboratoire Celesta-Lab, spécialisé dans les analyses biologiques des sols, apporte des indicateurs sur la qualité de vie dans le sol mais aussi sur son fonctionnement. A travers ses interventions auprès des agriculteurs, Xavier SALDUCCI s’est rendu compte que le taux de matière organique n’est pas un indicateur suffisant pour caractériser la matière organique présente dans son sol. Il faut également étudier la composition de la matière organique, car il existe plusieurs catégories de matière organique, aux propriétés et fonctions différentes : les matières organiques actives, surtout des sucres, source d’énergies, à turn-over rapide et les matières organiques stables, associées à l’argile, à turn-over lent. Le rapport entre ces deux types de matière organique est un bon indicateur de l’activité biologique du sol. La minéralisation du carbone et de l’azote du sol en conditions contrôlées, la mesure de la biomasse microbienne et la caractérisation des produits organiques sont d’autres analyses réalisées par le laboratoire.
Service Environnement

 

Apporter de la matière organique, oui mais laquelle ? Et pour quels besoins ? 

1. Identifier les problèmes  : manque de nourriture  ? Problèmes de structure ? Connaître l’état biologique de son sol et les caractéristiques de la matière organique présente dans mon sol.
2. Se fixer des objectifs d’amélioration : améliorer le turn-over de la matière organique ? Améliorer la structure du sol ? Améliorer la nutrition des cultures ?
3. Connaître ses ressources en MO sur l’exploitation ou à proximité (produits organiques, couverts végétaux, résidus de culture…)
4. S’outiller d’indicateurs capables de suivre l’effet des pratiques (profils de sol, comptages de vers de terre, suivis de culture, analyses de sol…).

La matière organique assure la fertilité de nos sols et peut remplacer les engrais du commerce. Valorisons-la !

 

Valoriser les engrais de ferme  : quel apport de matière organique pour mon sol ?

Notre département ariégeois tourné vers l’élevage peut être une véritable source d’engrais de ferme pouvant remplacer en partie ou totalement les engrais du commerce. Le type d’effluent et les conditions d’épandage font varier la concentration de ces engrais de ferme. « Vous devez connaître la valeur de vos effluents d’élevage en les analysant, réaliser un plan de fumure par parcelle en fonction des besoins de la culture et de l’état du sol. Le lisier devra être enfoui très rapidement pour limiter les pertes et vous devez composter vos fumiers pour des aspects pratiques et une valorisation optimale» explique Pierre Luxen, Directeur d’Agra-Ost en Belgique. La rapidité d’action de l’azote est également liée à la forme de l’azote contenue dans les effluents d’élevage : effet azote dit rapide pour les lisiers et effet azote dit lent pour les fumiers ou composts. Chacun de ces paramètres déterminera ainsi la conduite à adopter par l’agriculteur.