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Couserans et pastoralisme

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Le taux de pertes des ovins sur la plupart des estives du secteur reste très élevé à cause de la prédation

A l’heure où les éleveurs ovins doivent justifier d’un taux de productivité pour obtenir le paiement de l’aide ovine intégralement, le problème de l’impact de la prédation sur la plupart des estives du Couserans reste posé.  Un état des lieux sur une douzaine d’estives les plus exposées aux dégâts d’ours rappelle une nouvelle fois que l’élevage ovin transhumant est en grande difficulté sur ce secteur.

Le taux  de pertes totales s’élève à  près de 5 %. Le taux de pertes par prédation reconnue est de 1,2 % et le taux de pertes pour autres causes (maladie….) est de 0,06 %. Le taux d’ovins manquants est le plus élevé : 2,9  %.  Au total sur près de 15 000 ovins transhumés sur ces 12  estives, les pertes s’élèvent à plus de 700 têtes. La difficulté pour les éleveurs et les bergers reste toujours de retrouver les animaux prédatés et de le prouver avant que les vautours n’aient effacé les traces d’impact.  Tous les troupeaux sont gardés par un ou plusieurs pâtres qualifiés et le taux d’ovins manquants ne s’explique que par la présence du prédateur. Les mesures de protection sont peu efficaces. En effet, si l’on compare deux des estives, l’une ne pouvant mettre en place des mesures à cause de la topographie du terrain et l’autre tentant de trouver des solutions, le taux de pertes total est sensiblement le même (respectivement 4,4 et 4,3 %).
Une nouvelle fois le bilan de fin d’estive 2016 vient confirmer ce constat douloureux pour les éleveurs ovins de la zone.
Emmanuel TROCME

 

Inacceptabilité d’une éventuelle réintroduction d’ours

Dans un courrier envoyé la semaine dernière à Madame la Ministre de l’Ecologie, cosigné des Présidents des Chambres d’agriculture du Massif Pyrénéen et de trois Présidents de Conseils Départementaux, l’ ACAP rappelle que « la présence de l’ours dans les Pyrénées est tout simplement incompatible avec les activités humaines ancestrales des territoires montagnards et en particulier agricoles et pastorales. La réintroduction de l’ours dans les Pyrénées risque d’accentuer l’abandon d’activités humaines de nos montagnes notamment pastorales et forestières induisant la fermeture d’un certain nombre d’espaces et une perte indiscutable de biodiversité naturelle et domestique. Dans les Pyrénées, sur les six races ovines que gère l’UPRA, quatre sont considérées comme des races menacées à faible effectif. Ces races locales, porteuses d’une AOP, sont le socle des systèmes transhumants traditionnels de montagne menacés par la prédation. Les agriculteurs pastoraux des Pyrénées souhaitent maintenir leurs pratiques pastorales dans une dynamique de développement dans le respect des espaces et des espèces vecteurs de biodiversité ».

Colère et inquiétude malgré la passion du métier et de la montagne !

Témoignage : Gisèle GOUAZE, Présidente du GP du Mont Rouch,
inquiète pour l’avenir de la montagne
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Avec cinq éleveurs adhérents, le GP du Mont ROUCH a « montagné » un troupeau de 780 ovins. Le bilan en fin d’estive est mauvais. Sur 780 ovins estivés, Gisèle GOUAZE me confie que les pertes s’élèvent à 79 têtes (7 reconnues prédatées, 7 mortes pour d’autres causes et 65 manquantes). Le visage grave , elle raconte la saison 2016 :
« Les bêtes ont beaucoup bougé, elles ont un comportement anormal, elles sont en état mais ne gardent pas le profit de l’estive l’hiver car elles n’ont pas pu pacager tranquillement et aussi le taux de brebis vides reste important ». La responsable du groupement explique : « la topographie de l’estive oblige à une garde non groupée en petits troupeaux (« escabots »), ainsi la montagne est bien pacagée et les bêtes profitent. Avec la présence des ours, les brebis changent de comportement, elles abandonnent certains quartiers car elles ont peur. Il faudrait au moins 10 chiens de protection sur l’estive avec les « escabots », tu imagines pour les nourrir, ce n’est pas possible ». Au fur et à mesure, dans le cours de notre échange, comme chaque fois avec les gens de la montagne, qui sont d’abord des observateurs, des silencieux, les confidences se font : « les brebis changent leur biais, va tenir des bêtes quand elles ne veulent plus rester de la peur qu’elles ont dessus, les ours nous explosent les troupeaux ». Certaines interrogations sont remplies de doute : «  pourquoi ne sommes nous pas informés sur le nombre et la qualité des ours présents ? » mais aussi d’une profonde inquiétude : « j’ai peur pour notre berger, tous les soirs on essaye de l’appeler ; il a croisé une ourse suitée de deux oursons cette année, tu imagines tout peut arriver ». Et de conclure : «  ce qui me blesse le plus c’est qu’on travaille dur, qu’on se bat depuis des années pour avoir un troupeau de bonne valeur génétique et qui soit habitué à notre montagne, les ours détruisent notre travail, ce n’est pas juste. » 


Propos recueillis par Emmanuel Trocmé

 

Programme réalisé avec le concours financier du CasDAR