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Campagne d’irrigation 2019 : un été tonitruant !

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Quel début de campagne d’irrigation extrême ! Débutés autour du 20 juin, les tours d’eau se sont enchaînés sans aucun répit !


Malgré les précipitations du week-end dernier, inespérées et salutaires, avec entre 30 et 60 mm sur le département, ce début d’été est relativement hors normes, avec 2 épisodes caniculaires fin juin et fin juillet et une quasi absence de précipitations jusqu’à la fin de la semaine dernière.

Concernant les cultures irriguées, principalement maïs et soja, elles ont peiné en début de cycle, avec des mois d’avril et de mai relativement froids et arrosés : des températures en-dessous des moyennes, et une pluviométrie légèrement au-dessus en basse vallée de l’Ariège. Ainsi, contrairement à 2018, le printemps 2019 était propice à des semis précoces de maïs, à partir de la fin mars.

Néanmoins, ces parcelles ont été rattrapées par celles semées en avril et on a observé peu de différence dans l’avancement des stades de maïs, même avec plusieurs semaines d’écart entre les semis. Côté soja, certaines parcelles semées fin avril ont même dû être ressemées mi-mai…

Cependant, avec les conditions météo de ce début d’été (voir graphiques), les stades d’avancement progressent très vite : si les floraisons des maïs conso et les castrations des maïs semences ont débuté autour du 10-15 juillet comme presque chaque année, le déroulement des stades de ces cultures devraient s’accélérer jusqu’à la mi-août. Ainsi, l’arrêt de l’irrigation, habituellement autour du 15-20 août, devrait être pour cette année avancé de 5 à 10 jours selon les secteurs, surtout si les températures actuelles se poursuivent. A confirmer dans les jours à venir…

Les retenues destinées à l’irrigation, surtout Montbel et Mondély, étaient en début de campagne remplies à 100%, mais connaissent depuis la fin juin un rythme de déstockage très intense. Dans ces conditions, la compensation de l’irrigation et le soutien d’étiage ne pourraient pas être assurés d’ici la fin de la période d’étiage au 31 octobre…

La Chambre d’Agriculture publie toutes les semaines des bulletins de conseil irrigation et un bulletin d’informations hydrologiques, vous pouvez les consulter en suivant ce lien : https://ariege.chambre-agriculture.fr/productions-techniques/cultures/irrigation/les-bulletins-de-conseil-irrigation/


Stanislas Poudou, Conseiller agronomie et irrigation

 

Courrier aux irrigants

Depuis plus d’un mois nous connaissons des conditions de sécheresse importantes et donc une situation tendue à court et moyen terme pour les ressources en eau, en particulier pour le soutien d’étiage, avec un deuxième épisode caniculaire en un mois et un déstockage précoce des réserves d’eau de Haute-Ariège pour soutenir le débit de la Garonne.

Nous sommes actuellement sur un rythme de déstockage des retenues d’irrigation très intense, semblable aux conditions de l’année 2003. Ainsi, le déstockage de Montbel est actuellement proche de 5 m3/s, soit environ 3 millions de m3 en 7 jours, c’est-à-dire 20 % du volume total de Montbel en un mois.

A ce rythme, si ces conditions météo particulièrement sèches se maintiennent, le barrage de Montbel serait vidé fin septembre, alors qu’il doit soutenir l’étiage de l’Hers-vif jusqu’au 31 octobre. De plus, si la phase de remplissage de novembre 2019 à juin 2020 est mauvaise, avec de
faibles précipitations hivernales comme en 2016-2017 et en 2018-2019, la prochaine campagne d’irrigation serait vraiment compromise avec des réserves au plus bas dans les retenues destinées à l’irrigation.

Gérer, c’est prévoir et anticiper.

En effet, dans ce contexte difficile, il ne faut pas perdre de vue que les services de l’Etat et les populations riveraines sont d’autant plus regardantes sur nos pratiques agricoles. Ainsi, malgré ces conditions difficiles, nous nous devons, dans la mesure du possible, d’optimiser nos tours d’eau en prenant en compte les spécificités de nos cultures et de nos types de sols.

Sur les sols caillouteux superficiels, comme les grausses et certaines boulbènes, les apports doivent être fréquents, tous les 3- 4 jours, et se limiter à des volumes de 25 mm : il faut apporter des volumes relativement faibles à une courte fréquence pour recharger rapidement les faibles réserves
hydriques de ce type de sols (environ 1 mm / cm de sol). A l’inverse, sur des sols argileux comme les terreforts des coteaux, ou des sols argilo-limoneux en bordure de rivières, les apports doivent être plus conséquents, jusqu’à 30 mm, mais plus espacés, tous les 8-10 jours, afin d’alimenter
de manière conséquente les réserves hydriques plus importante de ces sols (environ 2 mm / cm de sol).

La Chambre d’Agriculture publie toutes les semaines des bulletins de conseil irrigation et un bulletin d’informations hydrologiques pour vous tenir informés de l’évolution de nos ressources en eau et des éventuelles mesures de restriction des prélèvements d’eau. N’hésitez pas à les
consulter sur le site de la Chambre d’Agriculture de l’Ariège où vous trouverez également des fiches techniques pour vous aider à mieux maitriser le réglage des principaux matériels d’irrigation utilisés à l’échelle de notre bassin versant de l’Ariège..

Nous nous tenons à votre disposition pour plus d’informations et de conseils techniques sur l’irrigation. Vous pouvez ainsi contacter Stanislas Poudou, conseiller agronomie et irrigation, au 06 33 03 09 36, ou par mail à l’adresse suivante : stanislas.poudou@ariege.chambagri.fr.

L’irrigation est aujourd’hui de plus en plus remise en cause et nous devons nous battre chaque année un peu plus pour défendre les volumes attribués à l’agriculture. De fait, en tant que professionnels et agriculteurs responsables, nous devons faire attention à notre image d’irrigant, à savoir limiter tant que possible les éventuels gaspillages : fuites récurrentes au cours de la saison, arrosages intempestifs et réguliers des routes (canon qui
traverse une route très fréquentée, positions de 12 heures et dérives de la couverture intégrale lors des après-midi de grands vents…).

Nous sommes conscients que ce ne sont pas des quantités très importantes qui sont perdues, mais cela donne une mauvaise image de l’irrigation, dans un contexte particulièrement tendu en cette période de sécheresse.
Faisons l’effort et prenons le temps d’optimiser les réglages de nos matériels d’irrigation afin de limiter ces dérives de plus en plus critiquées.

Veillons, chers collègues, à ne pas prêter le flanc aux reproches de la part de nos concitoyens. Il serait d’autant plus difficile de défendre nos intérêts dans les différentes instances de gouvernance de l’eau. L’eau est un bien commun et deviendra à l’avenir une ressource essentielle à partager, soyons rationnels dans son utilisation.

D’autre part, ce contexte de sècheresse et de réchauffement climatique est pour nous l’occasion de rappeler avec insistance à l’Etat la nécessité urgente d’envisager la création de nouvelles réserves à l’échelle du bassin, et faire face à l’avenir à des besoins croissants de la société toute
entière.

Nous comptons sur votre professionnalisme et votre bienveillance pour passer ce cap difficile d’un été 2019 particulièrement sec et tendu. Soyez assurés de notre dévouement et de notre pugnacité pour défendre nos intérêts et notre irrigation.

                                                                                                    Philippe Lacube & Nicolas Pujol
                                                                                                     Président                 Elu référent eau