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Ambroisies : des adventices problématiques aux enjeux de santé publique

Vigilance accrue pour des plantes envahissantes hautement allergènes

Espèces exotiques envahissantes estivales, comme le xanthium ou le datura, les ambroisies prolifèrent particulièrement dans les cultures d’été (maïs, soja, tournesol, sorgho…). Elles peuvent provoquer de fortes baisses de rendement dans ces cultures et prolifèrent également après les moissons de cultures d’hiver. Dans les systèmes de cultures du nord de l’Ariège, elles sont donc particulièrement problématiques. De plus, les ambroisies ont la particularité d’être un véritable enjeu de santé publique : en effet, leurs pollens sont très allergisants. Déjà présente depuis plusieurs décennies dans certaines régions françaises, elles commencent malheureusement à se développer depuis quelques années en Occitanie et en particulier en Ariège.

L’Association des Naturalistes Ariégeois (ANA) mène depuis plusieurs années un travail d’observations, de mesures et de recensements des ambroisies sur le département. Différentes stations ont ainsi été identifiées, notamment le long de la vallée de l’Hers (entre Mirepoix et Mazères) ainsi que dans les zones cultivées du nord du département (autour de Montaut).
Un groupe de référents communaux a aussi été créé cette année, grâce aux financements de l’Agence Régionale de Santé (ARS) Occitanie. Au nombre de 27, essentiellement dans les communes du nord du département, ces référents ont été formés à la reconnaissance et aux méthodes de lutte contre les ambroisies par l’ANA. Ils donc sont des relais entre les habitants et les agriculteurs d’une part, et l’ANA d’autre part pour les observations et les signalements des ambroisies.

Présentation des ambroisies

Si la famille des ambroisies compte plusieurs espèces différentes, deux d’entre elles se sont plus particulièrement propagées en France : l’ambroisie à feuilles d’armoise (Ambrosia artemisiifolia L.) et l’ambroisie trifide (Ambrosia trifida L.). Originaires d’Amérique du Nord, les ambroisies sont apparues en France dans les années 1860, vraisemblablement introduite par un lot de graines fourragères.
Ces deux espèces sont des plantes pionnières annuelles, printanières et estivales.
Les dates de levée s’échelonnent d’avril à juin pour l’ambroisie à feuilles d’armoises, et de mai à juillet pour l’ambroisie trifide. Ce sont des plantes monoïques allogames, les fleurs mâles et femelles sont situées sur une seule et même plante, comme pour le maïs.
La pollinisation commence donc en juin et perdure durant tout l’été, avec un pic en août-septembre. Les graines, qui arrivent à maturité à l’automne, conservent un pouvoir germinatif pendant plus de 10 ans.
En termes d’écologie, les ambroisies sont peu exigeantes et même indifférentes quant au type et à la nature du sol. Elles supportent peu la concurrence et affectionnent donc les milieux ouverts : friches agricoles et urbaines, milieux cultivés, bords de fossés et d’axes de communication (routes, voie ferrées, canaux, chemins…).
Dans notre département, on retrouve plus particulièrement l’ambroisie à feuilles d’armoise le long des cours d’eau, comme l’Hers-vif et l’Ariège, bien qu’on la retrouve fréquemment dans les zones agricoles. L’ambroisie trifide est présente quant à elle plus spécifiquement dans les zones cultivées.


Des pollens hautement allergisants et un véritable enjeu de santé publique

Un seul pied d’ambroisie à feuilles d’armoise peut libérer plus d’un milliard de grains de pollen qui peuvent se disperser par le vent dans un rayon de 100 km … Le pollen d’ambroisie est bien plus allergène que celui des graminées : 5 grains de pollen par m3 d’air suffisent à provoquer des réactions allergiques. Dans l’ex-région Rhône-Alpes, environ 10% de la population présente des allergies à l’ambroisie à feuilles d’armoise. L’ARS Auvergne-Rhône-Alpes estime ainsi les coûts de santé liés aux allergies aux ambroisies à 22 millions d’euros en 2016…

Gestion des ambroisies en agriculture : un raisonnement à l’échelle de la rotation et du travail du sol


Généralement présentes dans les cultures d’été, il faut gérer les ambroisies à l’échelle de la rotation. L’objectif est donc de casser l’enchainement des cultures d’été. Ainsi, après la récolte d’une culture d’été infestée par les ambroisies, il est fortement recommandé d’implanter une culture d’hiver.
Par ailleurs, les graines d’ambroisies étant très persistante en profondeur, il faut absolument éviter de labourer après la récolte d’une culture d’été infestée : les graines d’ambroisies peuvent rester viables plus de 10 ans, même enfouies à 40 cm de profondeur. Dans une rotation culturale, la répétition du labour provoque une homogénéisation de l’horizon travaillé et donc une répartition des graines d'ambroisie sur toute sa profondeur. Avant d’implanter une culture d’hiver après une culture d’été infestée, on privilégie alors un travail superficiel (associé éventuellement à un décompactage). Après la récolte de cette culture d’hiver, il faut rapidement déchaumer pour détruire les repousses d’ambroisie. Pour mieux maitriser l’infestation, l’idéal est d’enchaîner à nouveau sur une culture d’hiver avec un nouveau déchaumage rapide après la récolte. Si l’infestation des ambroisies est ainsi maitrisée, une nouvelle culture d’été pourra être à nouveau placée dans la rotation sur la parcelle.
Avant l’implantation des cultures d’été, des faux-semis (travaux du sol superficiels répétés) permettent de déstocker les adventices. C’est un levier agronomique intéressant dans la lutte contre les ambroisies

Couverts d’interculture

Comme précisé précédemment, les ambroisies sont des espèces pionnières peu exigeantes sur la nature du sol et supportent mal la concurrence. Le développement de couverts d’interculture permet donc de limiter leur développement, tout comme l’alternance de cultures d’hiver et d’été dans les rotations. Cependant en Ariège, l’implantation et la réussite d’un couvert d’interculture aussitôt après les moissons de céréales est néanmoins très aléatoire. En cas d’infestation par les ambroisies, le déchaumage rapidement après la moisson reste le levier agronomique indispensable pour maîtriser leur prolifération.

Stratégies de désherbage

Sur maïs, la plupart des herbicides homologués sont efficaces contre les ambroisies. Sur sorgho, bromoxynil et bentazone sont les substances actives homologuées pour lutter contre les ambroisies.
En soja, l’imazamox a une efficacité reconnue contre ces adventices.
Sur tournesol, les herbicides de pré-levée suffisent si les parcelles sont peu infestées. En cas de présence problématiques d’ambroisies, il faudra privilégiez des programmes de désherbage associant herbicides de pré-levée et herbicides de post-levée.
Le désherbage mécanique est aussi un levier efficace contre les ambroisies. Les outils de désherbage en plein, herse-étrille et houe rotative, sont efficaces sur des passages à l’aveugle, en post-semis - pré-levée, tandis que la bineuse prend le relai, entre les rangs, à des stades plus avancés des cultures. A noter que sur soja, herse-étrille et houe rotative sont utilisables pas uniquement en passages à l’aveugle, mais également à des stades plus avancés, des 1ères feuilles unifoliées jusqu’à une hauteur du soja de 10 à 20 cm (en évitant les passages après la levée, aux stades crosse et cotylédon).

Attention toutefois aux stratégies de désherbage chimique : en Amérique du Nord, des résistances des ambroisies à plusieurs familles d’herbicides sont observées depuis la fin des années 1990 et le début des années 2000. Les leviers agronomiques sont donc à privilégier pour lutter contre les ambroisies !

Sites internet à consulter sur les ambroisies

ariegenature.fr
www.florad.org
www.ambroisie.info
www.terresinovia.fr/tournesol/cultiver-du-tournsol
www.terresinovia.fr/tournesol/cultiver-du-tournesol/desherbage/ambroisie-trifide

Un site internet accessible à tous existe pour signaler la présence des ambroisies


www.signalement-ambroisie.fr

N’hésitez pas à faire part de vos observations aux conseillers agronomie de la Chambre d’Agriculture de l’Ariège et à l’Association des Naturalistes Ariégeois :

stanislas.poudou@ariege.chambagri.fr
fabienne.b@ariegenature.fr

Article réalisé par Stanislas Poudou. Programme réalisé avec le concours financier du CasDAR et en partenariat avec l'ARS Occitanie et l'ANA.