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Agronomie et faune sauvage : développer les pratiques de gestion de l’interculture pour favoriser l’avifaune

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Depuis 2019, pour répondre aux enjeux de conservation de la biodiversité sur le territoire ariégeois, la Chambre d’Agriculture et la Fédération des Chasseurs de l’Ariège mettent en œuvre des essais dans le cadre du projet Agrifaune. L’objectif de ce projet est de développer les connaissances et de sensibiliser les agriculteurs sur les pratiques de gestion d’interculture pour favoriser les espèces avifaunes.

Ainsi, les essais ont été menés par des agriculteurs impliqués et volontaire sur la Basse Ariège. Les conseillers de la Chambre d’agriculture de l’Ariège et la Fédération des Chasseurs accompagnent plus précisément les agriculteurs sur la technique de semis de couvert estival dans les céréales à post moisson.

Anticiper la gestion de l’interculture pour favoriser la faune sauvage

Dans une rotation culturale, l’interculture est une période plus ou moins longue, de quelques semaines à plusieurs mois, dont la gestion est déterminante pour assurer un habitat de reproduction favorable aux espèces avifaunes. Par exemple, la conservation des chaumes des céréales à paille sont des zones de refuge et d’alimentation, où les espèces comme la caille des blés ou l’alouette des champs pourront se reproduire et nidifier. Dans ce cas, les chaumes doivent être conservés jusqu’en septembre avec une hauteur de 20 cm ou plus.  
D’autres moyens de gestion d’interculture peuvent être intéressants, à la fois pour la nidification des oiseaux, mais aussi sur le plan agronomique : les couverts d’interculture estivaux. Dans les essais menés en Ariège, les agriculteurs ont testé les semis de couvert à post moisson de la culture de céréale. Les couverts ont été choisis pour qu’ils soient propices aux oiseaux, c’est-à-dire, suffisamment couvrants, aérés et pourquoi pas diversifiés.  En effet, le petit gibier doit pouvoir se protéger des intempéries et des prédateurs, circuler facilement tout en trouvant une ressource alimentaire suffisante et diversifiée. De plus, il est tout à fait possible et même préférable de conserver des chaumes hauts dans le couvert d’interculture.

La Caille des Blés dans notre territoire Ariègeois

 

 

La Caille des blés (du latin Coturnix coturnix) est intimement liée, comme son nom l’indique, à l’activité agricole. Elle fréquente exclusivement des milieux ouverts et herbacés et évite les régions trop boisées. A l’origine, l’espèce se contentait de steppes herbacées et de pelouses en altitude, mais le développement des céréales à paille lui a certainement permis d’accroître considérablement ces effectifs.
Dans notre département, les Cailles des Blés peuvent être observées dès le printemps. En effet, c’est un oiseau migrateur qui arrive dès le mois d’avril et jusqu’au mois de juillet sur notre territoire, et vient généralement du nord de l'Afrique.  
La reproduction de cette espèce est très singulière. Le cycle de reproduction s’étale d’avril à septembre, avec un pic de nidification dans la région situé en juillet. C’est un oiseau monogame et le mâle est capable de se reproduire à l’âge de six ou sept semaines. Les couples restent soudés une dizaine de jours, le temps de la construction du nid et de la ponte, constituée d’une dizaine d'œufs. Ensuite les mâles retrouvent leur célibat, avec une nette tendance au nomadisme, et la femelle couve seule pendant 17 à 18 jours. Les poussins, nidifuges, ont un régime alimentaire insectivore pendant leur première semaine de vie, puis la part végétale s’impose pour devenir prépondérante à trois semaines. Cette période correspond aussi à l’émancipation de la nichée.
La migration post nuptiale s’amorce dès la mi-août, après une phase d’accumulation de graisse d’environ 10 jours, indispensable à la réalisation d’un long voyage. à ce moment, les graines d’origine agricole revêtent une importance capitale : les chaumes constituent alors de véritables greniers !
L’évolution des pratiques culturales réservées aux céréales est donc préoccupante pour la caille. En effet, le déchaumage consécutif à la moisson prive subitement, les nichées d’habitat avec très peu de possibilités de repli compte tenu généralement de la grande superficie des parcelles. Ceci induit des pertes considérables en poussins, d’autant que les récoltes coïncident  avec le principal pic d’éclosion, en juillet. C’est pourquoi, le couvert estival présente un réel intérêt faunistique et reste aussi un atout agronomique majeur pour les agriculteurs.

Coturnix_09_Couv, le couvert estival Ariégeois est né

Grâce aux essais menés ces dernières années et avec la collaboration de la Fédération de chasse, de la coopérative CAPA, de Caussade semence ainsi que de la Chambre d’agriculture, nous avons sélectionné un couvert adapté au département. Composé de sorgho piper, de radis fourrager et de radis chinois, Coturnix_09_Couv est un couvert polyvalent, favorisant l’avifaune locale et cumulant de nombreux intérêts agronomiques : adapté au contexte pédoclimatique, semis à la volée avant récolte des céréales à pailles possible ou semis classique au semoir après la moisson, valorisable en fourrage pour les animaux ou pour le méthaniseur …

  • Focus sur les semis

Depuis trois ans, les essais sont menés autour du semis à la volée avant la récolte des céréales à paille. L’objectif : semer ce couvert avant la récolte pour qu’il soit implanté lors de la moisson. L’intérêt est de ne pas toucher les chaumes pour préserver la caille des blés (Coturnix en latin, d’où le nom du couvert) et de gagner du temps pendant les moissons.
Cette technique a réussi à faire ses preuves : la mise en place reste accessible à tous puisque le semis se réalise à l’aide d’un épandeur à engrais. De plus, la taille des graines du mélange sorgho et radis est relativement grosse et homogène, ce qui facilite l’épandage avec une bonne répartition jusqu’à 24 mètres et évite les risques de tri lors du transport.
Pour des résultats optimaux, le semis doit se faire absolument avant une pluie conséquente au stade où le blé commence à changer de couleur. C’est la période parfaite pour ce type de semis. Si le blé est encore trop « vert » la lumière n’arrivera pas jusqu’au sol et le couvert ne pourra pas germer et se développer. Si la pluie qui suit ne permet pas de faire germer le couvert,  le risque est que celui-ci se fasse manger par la faune présente dans la parcelle.
Aussi, il est tout à fait possible de semer le couvert de préférence juste après la moisson (dans un délai de 48h pour profiter de l’humidité), en privilégiant le semis direct puis roulé, soit durant l’été avant le mois de septembre lorsque des pluies sont annoncées.
Semé à 15 kg/ha, il est composé exactement de 10kg de sorgho piper, de 2.5 kg de radis chinois et de 2.5 kg de radis fourrager.
 

  • Les intérêts agronomiques

Ce couvert est fait pour faire de la biomasse, il a le potentiel de faire plus de sept tonnes de matière sèche dans un contexte pédoclimatique ariègeois. Le sorgho et les radis ont la capacité, avec leurs systèmes racinaires, de descendre en profondeur pour absorber des éléments nutritifs et de l’eau et vont jouer un rôle important dans la structuration du sol.   

 

Jacques ALABERT témoigne pour vous sur les essais AGRIFAUNE !

Jacques ALABERT, présent dès le début du projet, est convaincu par cette technique de semis de couvert post moisson dans la céréale : « pour moi, la méthode de semis à la volée est un vrai gain de temps. En plus, le fait de semer dans les céréales, le couvert est à l’ombre et garde la fraicheur. »

Au départ, les essais n’étaient pas sans crainte : "mon inquiétude étais le réglage avec l’épandeur à engrais, et finalement, le sorgho et les radis sont vraiment des graines de même taille qui permettent d’avoir une répartition homogène ». Une conclusion qui ressort de l’agriculteur est que « le choix des graines est donc primordial sinon on va droit à l’échec. »

Son conseil : « Pister le créneau avant une bonne pluie pour que le couvert lève dans de bonnes conditions ».

La première année, Jacques a été impressionné d’observer autant d’oiseaux et surtout des Cailles dans le couvert ! Il a décidé d’aller encore plus loin en semant de la féverole dans le couvert pour le garder pendant l’hiver et le détruire au printemps pour faire un maïs.

       

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